École d’architecture
de la ville & des territoires
Paris-Est

Chambres à soi.

Figures d'architectes-autobiographes (1925-2025).

vendredi 23 janvier 2026
à 14:00
Soutenance de thèse
Laurie Gangarossa
Amphithéâtre Cécile Poisson
Bibliothèque Georges Perec

Jury
· Sébastien Marot, professeur, HDR, École d'architecture de la ville et des territoires Paris-Est, Université Gustave Eiffel (directeur)
· Soline Nivet, professeure, HDR, École nationale supérieure d'architecture de Paris-Malaquais (rapportrice)
· Nicolas Tixier, professeur, HDR, École nationale supérieure d'architecture de Grenoble, Université Grenoble Alpes (rapporteur)
. Julia Kerninon, docteure en littérature et écrivaine (examinatrice)
· Marielle Macé, professeure, HDR, École des Hautes Études en Sciences Sociales (examinatrice)
· Christophe Van Gerrewey, professeur, docteur, critique en architecture et écrivain, KU Leven (examinateur)
· André Tavares, docteur, curateur et éditeur, Université du Minho (examinateur)

Résumé
Frank Lloyd Wright, Charlotte Perriand, Denise Scott Brown, Peter Zumthor, Rem Koolhaas et Valerio Olgiati composent un corpus hétéroclite de six figures d’architectes-autobiographes.
Six arbres qui cachent une forêt.
Dans l’ombre de cette forêt, des tierces-figures.


Au croisement de l'architecture et de la littérature, cette thèse traverse les chambres à soi d’architectes-autobiographes pour comprendre les singularités de cette pratique. Alternant des approches par figure et par communauté, elle analyse un siècle (1925-2025) d’écritures foisonnantes au sein de l’histoire culturelle de la discipline architecturale. Depuis le champ du contemporain, où plus que jamais l’expérience se transmet par des récits de soi partagés plutôt que par des connaissances instaurées, elle interroge la réception de ces sources, entre fascination et défiance. Alors que, sur fond de storytelling, semble proclamée la fin des grands récits et des figures unipersonnelles dominantes.

Des architectes-autobiographes… Mais qu’est-ce donc que cette étrange catégorie ? Dans quels contextes et sous quelles conditions un architecte se fait autobiographe ? Quelles représentations accompagnent cette forme d’être écrivain ? Ni un métier, ni une profession, ni un statut, ni un titre… Ce nom composé laisse croire, si ce n’est à un équilibre fragile, du moins à une coexistence temporaire. Car l’exercice peut s’avérer exceptionnel ou récurrent, précoce ou tardif, traduisant un rapport au temps singulier. De cette réalité découlent des formes conventionnelles comme inventives, des oeuvres complètes comme fragmentaires. Cette recherche commence donc en regardant, comme par-dessus l’épaule des six figures. Par cette proximité, leurs textes comme leurs postures littéraires sont décryptés. Il s’agit dès lors de contextualiser la place des écrits autobiographiques dans leurs productions et trajectoires, de relever comment ils racontent et sont commentés dans ce passage à l’acte littéraire et d’identifier par quelles manières ils organisent ce moment. Cette approche, s’attachant, non pas aux textes comme objets autonomes, mais aux représentations des pratiques des écrivains, retraduit, pour la discipline architecturale, des démarches empruntées à la recherche en littérature, notamment les travaux d'Alexandre Gefen et de Julia Kerninon. Chaque figure devient prétexte à générer des chambres d’écho avec des tierces-figures, révélant cultures communes et filiations intellectuelles. Aussi, progressivement, émergent des communautés d’architectes-autobiographes, faisant monter la recherche en généralité.

L’exploration prend alors une tournure spatiale, par la traversée de différentes chambres à soi. La formule, empruntée à l’écrivaine Virginia Woolf, est entendue dans sa dimension matérielle (une pièce), comme symbolique (un espace d’émancipation). Ce cheminement narratif, de chambre en chambre, dessine les contextes récurrents qui entourent les architectes-autobiographes lorsqu’ils opèrent leur reconversion, pour reprendre l’expression du chercheur Philippe Lejeune, spécialiste de l’autobiographie. On passe ainsi successivement par une chambre en huis clos, une chambre médiatique, une chambre au divan, des chambres en enfilade, pour enfin s’autoriser un détour par une chambre fictive. L’antichambre de la recherche se profile alors, d’où est envisagée la réception des écrits autobiographiques par les chercheurs en architecture. Car, de fait, comment le chercheur considérant ces voix à la première personne du singulier s’autorise lui-même à dire je ?

Enfin, cette thèse propose une expérience de lecture, ouverte à d’autres formes que la seule écriture académique attendue. Aussi, en des endroits dédiés, elle s’articule aux registres du portrait-fiction et du souvenir. L’écriture de la thèse elle-même explore ainsi les manières dont, de l’invention des formes du texte, dépendent les réceptions des savoirs par les lecteurs.

Laurie Gangarossa est architecte, maîtresse de conférences à l'ENSACF et co-fondatrice de l'atelier incipit.
Elle a préparé cette thèse de doctorat au sein du laboratoire OCS de l’Ensa Paris-Est, de l’École Doctorale Ville, Transport, Territoire de l’Université Paris-Est & de l’Université Gustave Eiffel.

↓ Illustration
Laurie Gangarossa, Chambre à soi, 2019, encre sur papier.