École d'architecture
de la ville & des territoires
Paris-Est

Conférence sur l'intelligence artificielle

Les IAG dans la formation des étudiants en architecture : entre dilemme moral et question sociale par Bilel Benbouzid

lundi 16 février 2026
à 13:00
Amphithêatre

L'introduction des intelligences artificielles génératives dans l'enseignement supérieur constitue un véritable point de bascule qui ébranle les fondements traditionnels de la déontologie universitaire. Cette transformation majeure interroge trois piliers essentiels de l'écosystème académique : l'intégrité scientifique, l'authenticité et l'autonomie intellectuelle.

Face à ces technologies, les repères normatifs traditionnels perdent leur force prescriptive. L'intégrité académique se trouve mise à l'épreuve par l'impossibilité pratique de distinguer clairement entre usage passif et actif des IAG, rendant obsolètes les notions classiques de plagiat et de triche. Un projet architectural peut désormais être formellement original tout en étant frauduleux, car non authentiquement produit par son concepteur déclaré. Cette ambiguïté révèle que le problème excède la simple opposition entre bon et mauvais usage pour interroger la nature même de l'effort intellectuel légitime.

L'enjeu de l'authenticité prend alors une dimension nouvelle. Dans un monde où les conceptions architecturales peuvent être produites en collaboration avec des machines de génération d'images, émerge une subjectivité hybride comparable à la figure du cyborg de Donna Haraway. Cette nouvelle forme d'authenticité ne réside plus dans une origine pure du projet, mais dans la capacité à comprendre et façonner les mécanismes de conception partagés entre humain et machine. Les IAG fonctionnent comme des co-concepteurs implicites qui orientent subtilement les formes spatiales, soulevant la question fondamentale de ce qui constitue l'expression authentique de soi dans ce contexte technologique.

L'autonomie, pilier éthique de l'enseignement supérieur, se trouve également redéfinie. Certains philosophes proposent une éthique du non-usage fondée sur l'obligation morale de cultiver sa propre capacité de réflexion et de jugement. Pour eux, déléguer la conception à une IA revient à renoncer aux facultés mêmes qui rendent l'autonomie possible. Mais il existe une tension entre autonomie comme fin éducative et autonomie comme liberté de choix, qui résume le dilemme contemporain face aux IAG.

Mais cette tension pose aussi la question de savoir « qui dispose réellement de la liberté de choisir de ne pas les utiliser ? ». Car cette liberté du non-usage devient elle-même un privilège social, dévoilant que derrière l'apparente égalisation des performances se cache une inégalité structurelle plus profonde. Ceux qui maitrisent le mieux les normes visuelles et le vocabulaire architectural sont les plus favorisés. Tandis qu'elles semblent uniformiser l'accès aux compétences de représentation, les IAG renforcent en réalité les hiérarchies existantes entre les jeunes apprentis et l’élite des architectes.

Bilel Benbouzid est maître de conférences en sociologie à l'Université Gustave Eiffel et chercheur au LISIS (Laboratoire Interdisciplinaire Science, Innovation et Société). Ses recherches portent sur la sociologie des sciences et des techniques appliquée aux plateformes numériques, aux algorithmes et à l'intelligence artificielle.

Analysant les enjeux sociaux de l'IA, il a créé en 2013 le premier master français intégrant sciences sociales et intelligence artificielle. Il a dirigé plusieurs projets de recherche sur l'économie des plateformes audiovisuelles et les systèmes prédictifs, et prépare actuellement une HDR sur la régulation de l'intelligence artificielle. Ses travaux récents interrogent les transformations des pratiques à l'université à l'ère de l'IA générative. .

Infos pratiques
Conférence Intelligence artificielle
13h-14h30 en amphi
Entrée libre